Les relations opérationnelles entre les organisations régionales et l’Union Africaine : les opérations en RCA

 

Ptrouille mixte à Bouar avec la MISCA Camerounaise

La liste des missions de maintien de la paix en Centrafrique ces vingt dernières années est longue :

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Cette liste est révélatrice de l’énorme difficulté qu’ont connue les forces africaines et la communauté internationale à endiguer la violence dans ce pays, qui traverse aujourd’hui une crise d’une ampleur inégalée.

Il est important de noter que cette décision de transférer la gestion de la crise centrafricaine aux Nations unies est une solution d’ultime recours. En effet, l’ONU intervient après que la CEEAC et l’Union Africaine (UA) se soient montrées incapables de mettre un terme au conflit.

Depuis plus de dix-huit ans, donc, des forces régionales – souvent internationales – ont été au chevet de la Centrafrique. Néanmoins, elles ne sont toujours pas parvenues à neutraliser le pays. La présence actuelle – celle de l’ONU – n’a pas répondu aux attentes. En effet, lorsque j’ai posé la question suivante: « En quoi la situation a-t-elle changé depuis l’arrivée de MINUSCA?» au Directeur du projet d’Afrique centrale auprès de Crisis Group il y a trois mois, il m’a répondu, et je cite (affiche) :

« L’arrivée de la MINUSCA n’a en aucune façon changé la situation sur le terrain. »

Quand on évoque la Centrafrique, il s’agit souvent – et malheureusement – d’une liste d’échecs successifs. Je vais aborder surtout des efforts les plus récents qui ont été conduits par des Africains en RCA, ainsi que celles des Nations Unies auxquelles participent des africains.

MICOPAX

Je vais traiter tout d’abord de l’opération de la MICOPAX (La Mission de consolidation de la paix en Centrafrique), une mission de la FOMAC (Force Multinationale des Etats d’Afrique Centrale) qui elle-même avait été mise en place par la CEEAC (La Communauté économique des États de l’Afrique central).

Cette mission, la MICOPAX, a pris effet en juillet 2008 afin d’assurer la sécurité des populations centrafricaines. Je souhaiterais souligner qu’elle bénéficiait du soutien financier et logistique de l’Union européenne et de la France car quand on évoque cette idée des solutions africaines aux problèmes africains, c’est une notion fallacieuse parce que, évidemment, des missions africaines, soutenue par des énormes sommes d’argent venant de l’extérieur, peuvent être influencés par des intérêts étrangers. Mais de toute façon, la mission était composée d’environ 2700 militaires et policiers, et vous voyez ci-dessous les contributions militaires des pays voisins.

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Il est force de constater que 2 700 militaires sur une population de 4,6 millions ne peuvent jouer qu’un rôle limité, bien entendu, à condition qu’ils soient déployés au bon moment au bon endroit. C’est ainsi qu’ils ont pu jouer un rôle de protection des civils lors de la bataille de Bossangoa. En effet, la ville accueillait fin décembre 2013 plusieurs milliers de réfugiés chrétiens et musulmans, et c’était la présence des milices Séléka et anti-balaka autour de la ville qui laissait craindre des exactions à plus grande échelle en cas de dégradation de la situation. Les affrontements ont commencé 5 décembre par des forces anti balaka. Constatant très vite que les combats tournaient à l’avantage des anti-balaka, le commandant congolais, capitaine Wilson, a ordonné à ses forces de sécuriser le quartier musulman afin d’éviter davantage d’exactions.

Malgré les morts inévitables, dont le nombre est inconnu pour ce qui est de civils, cette bataille représente un des succès rares de la MICOPAX.

Néanmoins, le bilan de la MICOPAX est décevant. Elle avait un mandat d’interposition entre les rebelles et la capitale, mais ne s’est pas interposée en mars 2013 pour empêcher le renversement du président François Bozizé par la Seleka et son leader, Michel Djotodia. Elle avait effectivement été dépassée par les rebelles.

C’était justement en décembre 2013, au commencement de la bataille de Bossangoa, que le Conseil de Sécurité a autorisé le déploiement de la MISCA – une force de l’Union africaine – encore une fois appuyée par la France, afin de stabiliser la situation. (Résolution 2127)

Vous voyez ci-dessous les pays contributeurs en termes de soldats. Et je vous expliquerai plus tard pourquoi j’ai barré le Tchad.

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NB autres formes de soutien logistique du Royaume Uni et des Etats Unis.

Le développement de la MISCA a suivi la tendance générale des missions en Centrafrique, qui est d’absorber chaque mission de paix par une autre mission plus grande. Nous avons bien remarqué que le manque d’effectifs pose un énorme problème. Et pourtant Crisis Group a déclaré au mois de mai l’année dernière, suite à l’annonce qu’une force onusienne (MINUSCA) allait prendre le relais de la MISCA :

« En Centrafrique, les missions de maintien de la paix sont la stratégie au lieu d’être l’outil de la stratégie. »

Nous devons donc être plus critiques face aux déclarations que le problème en Centrafrique se réduit tout simplement à la question d’effectifs.

En effet, la MISCA comptait 6 000 hommes (plus que deux fois la taille de la MICOPAX) mais n’est pas arrivée non plus à instaurer la paix. Parmi les obstacles rencontrés, les rivalités régionales ont par exemple gravement empiré les efforts de stabilisation. Au mois d’avril l’année dernière le Tchad a retiré son contingent de la MISCA, prétendant que leurs soldats étaient victimes d’un « lynchage systématique ». Le Tchad a pris cette décision suite à une embuscade tendue par les anti-balaka. Le retrait des troupes tchadiennes a porté un coup à la MISCA. (Le Tchad avait participé à organiser et à protéger l’évacuation de populations musulmanes, alors que d’autres pays, notamment la France, avait été accusés de ne pas faire suffisamment pour protéger les musulmans.)

Cette histoire suscite des questions par rapport à l’implication des pays voisins, comme le Tchad, dont l’armée avait soutenu l’ancien président Bozizé en 2003 lors de son coup d’état. Le Tchad a également été mêlé à l’action de la Séléka, en la soutenant financièrement. En plus, certains responsables politiques en Centrafrique disaient que le Tchad étaient venus pour tuer les centrafricains même si le Tchad avait été déployé dans le cadre d’une mission africaine (voire internationale, étant donné que la MISCA comprenait des soldats français). Son retrait est définitif, et il ne fait pas partie des pays contributeurs à la mission actuelle de l’ONU : la MINUSCA, ce qui m’amène à la dernière partie de cette analyse.

La MINUSCA (depuis 15 septembre 2014) est autorisée à prendre toutes les mesures requises pour stabiliser et rétablir l’autorité de l’État dans tout le pays. Avec le regard braqué sur Bangui, la capitale, les choses s’y sont calmées plus ou moins à l’heure d’aujourd’hui. Et pourtant, le reste du pays, où se trouve la majorité de la population, est devenu un territoire de violence, notamment à l’ouest et au centre. Pour ce qui est d’acteurs régionaux, c’est le Congo-Brazzaville qui est chargé de la réconciliation nationale.

Le 23 juillet l’année dernière un accord des hostilités à été signé à Brazzaville, sous la supervision du président congolais Denis Sassou-Nguesso. Cet accord n’a toutefois pas incorporé tous les acteurs concernés car une faction influente, installée à Bambari au centre du pays, a tout de suite rejeté l’accord de cessez-le-feu et a réclamé la partition de la Centrafrique. Un autre group important de la Seleka, installé à Birao, dans le grand nord, n’a quant à lui pas pris part aux négociations.

La médiation congolaise peine toujours à rétablir la paix en Centrafrique. En janvier, un accord a été signé à Nairobi entre partisans de Michel Djotodia et François Bozizé, mais les autorités de transition en Centrafrique (à la tête desquelles se trouve la présidente centrafricaine) n’ont pas donné leur accord.

Il y a quelques semaines, plus précisément, le 27 février, le président congolais s’est trouvé en visite officielle à Rome où neuf responsables politiques centrafricains ont lancé «l’Appel de Rome au peuple centrafricain et à la communauté internationale ». Ce déplacement a été organisé par la communauté Saint’Egidio, une organisation catholique.

Rien n’a changé depuis. Il s’agit peut être d’une tentative de Congo Brazzaville de sous-traiter la médiation. En effet, en termes de médiation africaine, cette affaire laisse beaucoup à désirer car l’appel est venu de l’étranger et s’est appuyé surtout sur des candidats à la prochaine élection présidentielle sans s’adresser à la plupart d’acteurs concernés.

De l’autre côté, le Tchad s’implique de nouveau dans la crise centrafricaine. Président Idriss Déby a dénoncé début février les accords de Nairobi au nom de la CEEAC, et a même déclaré aux journalistes :

« Nous allons soutenir la médiation, nous allons soutenir les forces en présence onusiennes, nous allons soutenir la transition »

Nous pourrions donc voir un retour des forces tchadiennes en Centrafrique, alors que le président congolais semble éprouver une grande lassitude vis à vis la crise.

Il faudra peut être attendre les résultats du grand Forum de réconciliation prévu à Bangui dans quelques semaines, bien enclenché pour l’instant, mais qui, crucialement, ne devra pas son succès (ou échec) à la médiation congolaise.

A ce qu’il paraît, les accords de réconciliation nationale et les efforts africains se succèdent sans avoir de vrai impact ni sur le processus politique ni sur la situation humanitaire. Et c’est tragique. Je vous laisse avec ce chiffre très alarmant :

2,7 millions de personnes ont besoin immédiatement d’aide humanitaire, et cela sur une population totale de 4,6 millions. C’est-à-dire presque 60%.

Rédigé en avril 2015

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