L’intervention britannique en Sierra Leone serait-elle « une mission intégrée » exemplaire pour l’Union européenne?

L’intervention britannique en Sierra Leone a eu lieu dans le cadre d’une guerre civile qui avait déjà durée neuf ans. En effet, L’ECOMOG (la force militaire de la CEDEAO, depuis 1997) et les forces onusiennes (déployées en 1999) s’efforçaient en vain de rétablir la paix lorsque les forces britanniques sont intervenues en mai 2000, avec pour objectif initial d’évacuer leurs ressortissants. Cette intervention a finalement pu accomplir beaucoup plus que prévu, en provoquant la fin des hostilités et recevant ainsi le titre de « mission exemplaire » ; une évaluation à explorer. Nous analyserons donc dans un premier temps les facteurs de succès de cette intervention et ensuite, nous porterons notre attention aux éléments les plus mitigés.

 

Le choix de la non neutralité

L’Opération britannique, baptisée ‘Palisser’, s’est toute de suite démarquée des autres missions qui s’étaient revendiquées neutres dans cette guerre qui opposa le gouvernement Sierra Léonais et le Revolutionary United Front (RUF). En effet, le Royaume-Uni a ouvertement soutenu le président élu.[i] Un renoncement à la position de neutralité, certes, mais ce choix fut la clef du succès car il a permis non seulement le renforcement des forces onusiennes (MINUSIL) mais en fin du compte l’appropriation de la sécurité par les locaux.

Un dispositif militaire dissuasif

La force de l’Opération Palliser résidait effectivement dans sa stratégie de dissuasion indirecte pour la plus grande part, suivie d’une réforme de l’armée et des services de sécurité.

Les forces britanniques, bien équipées dès le départ, ont immédiatement démontré qu’elles étaient capables de défaire militairement le RUF. En effet, les deux principaux affrontements de l’opération ont démontré la supériorité stratégique de la Grande Bretagne, à savoir : l’affrontement dans le village de Lungi Lol le 17 mai 2000 et la libération des soldats britanniques pris en otages entre août et septembre 2000. Cette première confrontation a consisté en une attaque contre les Britanniques, provoquant des échanges de feu au cours desquelles trente rebelles ont été tués « sans qu’aucun Britannique ne soit blessé ».[ii] Puis, seulement cinq jours après la capture d’onze otages par un groupe de rebelles, les West Side Boys, des négociations avaient réussi à libérer cinq d’entres eux. Cependant, le gouvernement britannique, ayant jugé déraisonnable les demandes politiques des rebelles, a donc autorisé un raid de 150 parachutistes afin de libérer les six otages restants. De l’ensemble de ces affrontements, on ne compte qu’un mort du côté britannique contre 55 morts du côté rebelle.

Ces deux confrontations[iii] mises à part, l’implication des Britanniques contre le RUF se faisait indirectement par le biais de soutien et de formation de l’armée sierra léonaise, ou encore en déployant un dispositif de la ‘Force over the horizon’ : 4 500 soldats qui se déploieraient uniquement en cas d’escalade de tension, sans s’engager au sol.[iv]

La propagande et l’utilisation des médias

Un élément particulier qui mérite qu’on s’y attarde : la diffusion de l’information propagande menée par les forces britanniques. Le Major-Général, Jonathon P. Riley, a souligné qu’il a pris la parole sur chaque station radio qu’il a pu trouver pour mettre les rebelles en garde, affirmant qu’il valait mieux qu’ils participent au processus DDR que de se faire tuer par l’armée.[v] Faisant office de « mission exemplaire » pour l’UE, cet exemple démontre qu’une force extérieure peut se transformer rapidement en force d’assistance technique, à condition qu’elle s’avère une force supérieure et bien équipée au lancement des opérations.

La partialité du positionnement Britannique 

La force britannique s’est évidemment engagée dans la guerre civile, aux côtés de la faction que son gouvernement avait souhaité porter au pouvoir.[vi] C’est surtout à cet égard que l’intervention britannique vient contredire son statut de «mission exemplaire » pour l’Union européenne. En effet, les forces opérationnelles de l’UE sont généralement mandatées de manière générale pour fournir un appui au renforcement des capacités (EUFOR Althea (2004)[vii]), ou pour protéger les populations et faciliter la fourniture d’aide humanitaire (EUFOR RCA (2014)). Dans un tel contexte, c’est toujours l’impartialité qui prime.

Une expérience à ne pas reproduire

Ayant dépensé £3 million sur le processus électoral et le programme de formation militaire, le gouvernement britannique a été vivement marqué par la chute de l’Etat sierra léonais. En effet, les britanniques avaient un objectif considérablement plus ambitieux que celui des opérations régulières de l’UE : rétablissement de la paix et la sécurité, ainsi que la reconstruction d’un Etat respectant la bonne gouvernance et la lutte contre la pauvreté. Cette mise en œuvre de la RSS a néanmoins entraîné des résultats non-désirés, qui devrait servir d’exemple de marche á suivre pour les futures opérations. En faisant de la police l’institution ‘leader’ du maintien de la sécurité, la stratégie des britanniques a provoqué des frustrations parmi les forces armées locales qui exprimaient leur sentiment de « subordination », ce qui a finalement débouché sur des affrontements.[viii] Même si le résultat de cette stratégie ne pouvait être compris qu’une fois atteint un certain seuil de tension, les rivalités entre forces de sécurité en Sierra Leone étaient néanmoins bien connues. Il est cependant surprenant que ce problème n’ait pas été anticipé. Tout cela relève éventuellement d’une tension entre l’objectif de court et de long terme. La préoccupation initiale de beaucoup d’intervenants par rapport à leur mode de sortie ne correspond pas bien avec une implication dans la RSS, qui reste inévitablement un projet à long terme.

Enjeux pour les futures missions de l’Union européenne

Bien qu’il soit plus facile d’énoncer une telle stratégie que de la réaliser, il est à espérer que cette fiche a permis de faire le point sur les éléments de succès et les erreurs à éviter pour qualifier une intervention de « mission exemplaire » pour l’Union Européenne. Malgré les leçons tirées de l’expérience sierra léonaise, nous n’avons qu’à observer le retrait précoce des forces européennes de l’EUFOR RCA de la République Centrafricaine (pays qui n’est pas sécurisé[ix]) pour comprendre qu’une mission exemplaire dépend non seulement de la bonne volonté, mais également des ressources mises à disposition. Certes, sous la pression d’une crise budgétaire, un demi-million d’effectifs de l’UE a été supprimé en moins de six ans, soit une réduction de plus de 25%.[x] Finalement, il est aussi force de constater que l’opinion populaire, qui était en grande partie favorable à une intervention de l’ancienne puissance coloniale en Sierra Leone, est un élément important pour les interventions militaires.[xi] On observe néanmoins que certaines interventions sont lancées un peu trop vite pour tenir compte de l’opinion publique ou des conséquences possibles, par exemple l’Opération Unified Protector, suivi rapidement de l’EUFOR Libya 2011.[xii]

[i]https://www.academia.edu/7112700/Lintervention_britannique_en_Sierra_Leone_2000-2002_

[ii] Andrew M. Dorman, Blair’s Successful War. British Military Intervention in Sierra Leone, Farnham, Ashgate, 2009, p. 94.

[iii] Représentant aux moins les confrontations qui ont été rendues publiques.

[iv] http://www.heritage.org/research/lecture/the-uk-in-sierra-leone-a-post-conflict-operation-success

[v] Ibid

[vi] http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/sierra-leone-le-bilan-d-une

[vii] http://eeas.europa.eu/csdp/missions-and-operations/althea-bih/index_fr.htm

[viii] http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=POLAF_098_0063

[ix] http://afrikarabia.com/wordpress/centrafrique-bangui-nest-ni-securisee-ni-desarmee/

[x] http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0204232246638-la-defense-europeenne-veut-sortir-de-sa-somnolence-1103698.php?mrVoYWeUBBlAYyWr.99#xtor=CS1-2

[xi] Marchal, R., Ero, C., & Ferme, M. (2002). Liberia, Sierra Leone, Guinée: la régionalisation de la guerre. Politique africaine88, 5-12.

[xii] https://euobserver.com/opinion/32624

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