Quels obstacles s’opposent à la résolution de la crise centrafricaine par les forces de sécurité sur le terrain?

 

Afin de stabiliser la situation dans la République Centrafricaine (RCA), trois forces internationales – ONU, Sangaris et EUFOR-RCA – étaient présentes en même temps sur le terrain entre le 15 septembre 2014 et 15 mars 2015, date à laquelle cette dernière a retiré son contingent. Au moment de la rédaction du présent document, il reste donc la force des Nations Unies (la MINUSCA) et celle de la France (l’Opération Sangaris). L’effectif de cette dernière a été réduit de 300 hommes[i], et ceci malgré les rapports récents signalant non seulement que la Centrafrique n’est toujours pas sécurisée, mais que le désarmement n’a pas encore eu lieu.[ii] Le peuple centrafricain compte donc principalement sur les efforts des quelques 12 000 soldats de la MINUSCA, déployés progressivement, atteignant 90% du total en avril 2015.[iii] L’objet de ce mémoire est d’élucider les lacunes dans la stratégie actuelle de l’ONU, ainsi que d’explorer les leçons tirées des autres missions de protection des civils des Nations Unies. Pourraient-elles être appliquées dans ce contexte ?

Manque d’une stratégie cohérente, environnement défavorable et échecs de la MISCA

Les objectifs d’une opération de maintien de la paix ne doivent être ni contradictoires ni irréalisables sur le plan technique. Au mieux, la stratégie actuelle en RCA peut être qualifiée d’incohérente; au pire, de dangereuse. En ce qui concerne le « Désarmement, Démobilisation, Réintégration et Rapatriement » (DDRR), la mission est notamment chargée de : “[r]egrouper et cantonner les combattants, et confisquer et détruire, selon qu’il convient, les armes et munitions de ceux qui refusent de les déposer”.[iv] Le programme est donc censé permettre la pacification de certaines zones du pays, ce qui n’est déjà pas chose facile vu l’insuffisance des infrastructures. Plus de 97% des routes ne sont pas pavées et il faut prendre des vols aériens pour pouvoir se rendre dans les zones peu sécurisées.[v] La saison pluvieuse rend plus difficile l’accès à ces régions qui, ayant un faible attrait économique, sont également celles qui sont les plus touchées par la violence et l’insécurité alimentaire, soit celles de l’extrême nord-est, le sud-est et nord-ouest. Comble de l’ironie, il semble que le processus du DDR mené par la MISCA s’était transformé en projet d’aide humanitaire pour les combattants, car au lieu de proposer un accord selon lequel les armes seraient échangées contre des denrées alimentaires, la stratégie consistait à nourrir les rebelles sans qu’ils soient obligés de rendre les armes.[vi] En revanche, les forces de la MINUSCA sont dotées d’un mandat robuste. On peut donc s’étonner du fait que les forces de cette mission et celles de l’Opération Sangaris estiment ne pas avoir assez d’effectifs pour imposer le désarmement.[vii] Même s’il est vrai que la totalité des forces n’a pas été déployée, il est préoccupant de constater l’affirmation de la part de ces forces que le mandat ne leur incombe pas de faire du désarmement, contrairement à ce qui est stipulé par le texte du mandat. En effet, il est d’autant plus urgent que les forces s’acquittent de cette responsabilité puisque le problème de l’armement en Centrafrique s’est déjà communautarisé.[viii] Les armes sont maintenant dans les mains de la population, et cette prolifération explique en grande partie les échecs successifs de la stabilisation du pays. Enfin, même à supposer que la volonté d’agir y soit, le mandat de cette mission n’oblige pas les troupes à intervenir dans les régions les moins sécurisées vu qu’elles sont censées utiliser tous les moyens nécessaires pour accomplir le mandat « dans les limites de ses capacités et dans ses zones de déploiement ».[ix] Cela est indubitablement dû, en grande partie, au manque de moyens financiers. Le chef de la MINUSCA, le général Babacar Gaye, a pour sa part relancé un appel le 15 avril 2015 pour une aide supplémentaire des Nations Unies ; l’aide actuelle ne couvrant que « 13% des fonds nécessaires à la reconstruction du pays ».[x] Nous verrons plus tard la situation déconcertante dans laquelle ces fonds seront utilisés pour financer une élection, en dépit d’une insécurité et d’une faim généralisées.

Mécanismes régionaux

Une des leçons à tirer de l’expérience onusienne en Sierra Leone est la nécessité de développer et soutenir les mécanismes régionaux. Dès le début, c’est la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui a mené le processus de paix en Sierra Leone, en créant initialement un ‘Comité de Quatre’ (Committee of Four) qui a négocié avec les soldats alliés aux rebelles un plan de paix de six mois.[xi] Lorsque ces derniers ont manqué à leurs obligations, le Comité a recouru à la force militaire pour réinstaller le président Kabbah. Ils sont intervenus également pour garantir la libération d’otages de l’ONU, et ont réussi au moyen d’une stratégie de pression politique en convaincant les rebelles de remplacer leur leader, qui avait perdu toute crédibilité dans les négociations de paix. En comparaison, l’organisme analogue en Afrique centrale – la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) – a l’air beaucoup plus fragmenté. Alors que le président congolais – M. Sassou Nguesso – est censé mener le processus de paix, il n’arrive pas à unifier les différents acteurs. Il a lancé, par exemple, l’accord de Nairobi en janvier 2014 de manière unilatérale voire hasardeuse[xii] car il n’a incorporé ni les acteurs régionaux, ni la France ni la Centrafrique. Il s’agissait en effet d’un accord entre les deux ex-présidents centrafricains, Michel Djotodia et François Bozizé.[xiii] Sans l’aval de Bangui, de la France et de l’ONU, ces pourparlers ont représenté un échec pour la médiation congolaise, surtout quand on considère que pour la plupart des gens en Centrafrique ce sont justement ces deux ex-présidents qui sont « les responsables de la crise actuelle ».[xiv] Que ce soit pour des raisons personnelles ou politiques, la conduite de Sassou Nguesso semble déconnectée non seulement de ses homologues au sein de la CEEAC, mais également des réalités politiques en République centrafricaine. Depuis lors, le président tchadien est revenu au premier plan, mais le manque de cohésion de la CEEAC se fait toujours ressentir. En effet, c’est le président tchadien, Idriss Deby, qui a déclaré les accords de Nairobi nuls et non avenus pour la CEEAC, affirmant que le : « résultat auquel elles sont parvenues ne peut pas aider la République centrafricaine à parvenir à la stabilité et à la paix ».[xv] Cependant, si nous reprochons au président congolais de ne pas faire assez pour unifier les parties, nous n’en restons pas moins soucieux face au double jeu du Tchad dans le processus de paix. Les difficultés auxquels est confrontée l’élaboration d’un mécanisme régional efficace reflètent aussi le fait que chaque pays ait des intérêts particuliers en Centrafrique qui peuvent influer sur les perspectives de paix.

Les enjeux des pays de la région

Certes, après avoir constaté une des lacunes flagrantes de la MINUSCA – le manque d’une stratégie cohérente – on doit également s’interroger sur les intérêts des pays qui contribuent à la MINUSCA, particulièrement ceux de la région (Afrique centrale). Pour quelles raisons interviennent-ils dans ce pays, et en quoi cela importe-t-il? Les enjeux immédiats pour les pays frontaliers consistent, bien entendu, à maintenir l’ordre sécuritaire dans leurs propres pays. En ordre croissant, le Congo-Brazzaville (467km), le Soudan (483km), le Soudan du Sud (682km), le Cameroun (800km), le Tchad (1197km) et la République Démocratique du Congo (1577km) partagent tous de longues frontières avec la Centrafrique et s’inquiètent naturellement de l’exportation de l’instabilité sur leur propre territoire.[xvi] Cependant, chaque pays de la sous-région exerce un rôle important dans la crise en fonction de ses intérêts et de son statut géopolitique respectif. Certains ont émis l’hypothèse selon laquelle la crise centrafricaine sert à avantager le Tchad et le Soudan sur le plan économique. En effet, ces trois pays partagent des gisements pétroliers et la crise actuelle a pour effet de différer l’exploitation centrafricaine au profit du Tchad et du Soudan.[xvii] En outre, l’insécurité perpétuelle en Centrafrique a eu pour conséquence qu’elle n’a jamais pu tirer profit de ses réserves d’hydrocarbures, également partagées avec le Tchad qui, pour sa part, est devenu un grand pays pétrolier de la région depuis une vingtaine d’années.[xviii] Le Congo-Brazzaville est chargé de la réconciliation nationale en Centrafrique, mais on observe un découragement de la part du président congolais vis-à-vis de cette crise.[xix] Sans doute préoccupé par un projet de réforme constitutionnelle dans son propre pays[xx], le président Denis Sassou-Nguesso cède le pas au Tchad après plusieurs échecs de médiation. Le 23 juillet 2014, un accord censé mettre fins aux hostilités a été signé à Brazzaville sous sa supervision, mais il n’a pas incorporé tous les acteurs concernés. En janvier 2015, un accord a été signé à Nairobi entre partisans de Michel Djotodia et François Bozizé, mais les autorités de transition en Centrafrique – à la tête desquelles se trouve la présidente centrafricaine – ne l’ont pas approuvé. Un appel récent venant de Rome représente non seulement un échec de plus, mais le désir ostensible du Président congolais de « sous-traiter » la médiation.[xxi] Mais en désignant la capitale du monde catholique à faire l’appel à la paix, le médiateur a couru le risque de marginaliser, voire irriter, les responsables musulmans du pays. Il va sans dire que chaque tentative de médiation devrait éviter à tout prix d’engendrer une source de division quelconque ! De plus en plus, Sassou-Nguesso semble se tenir à l’écart de la médiation, refusant de se rendre à la signature des accords les plus récents de Nairobi.[xxii] Il s’agissait peut être d’une « gesticulation » politico-médiatique, mais dans tous les cas nous voyons clairement que le Congo-Brazzaville perd de la crédibilité dans ce processus. C’est dans ce contexte que nous assistons à un regain d’influence du président tchadien, Idriss Déby Itno. Et pourtant, il est loin d’être évident que celui-ci soit mieux placé pour mener un processus impartial. En effet, le Tchad avait retiré son contingent de la MISCA l’année dernière, prétendant que leurs soldats étaient victimes d’un « lynchage systématique ».[xxiii] Certains responsables politiques en RCA avaient apparemment répandu une rumeur selon laquelle les Tchadiens étaient venus tuer les Centrafricains, particulièrement les chrétiens. Il faut donc rester prudent face à la déclaration récente du président Déby Itno : «  Nous allons soutenir la médiation, nous allons soutenir les forces en présence onusiennes, nous allons soutenir la transition…».[xxiv] Il est à noter que l’armée tchadienne avait soutenu l’ancien président Bozizé en 2003 lors de son coup d’état. Le Tchad a également été mêlé à l’action de la Séléka, en la soutenant financièrement.[xxv] Et, avant tout, le Tchad a des intérêts économiques bien particuliers en Centrafrique, comme signalés précédemment, qui remettent en cause et décrédibilisent ses qualités en tant que médiateur.

Sécurité sans « statebuilding » : risque de ‘Somalisation’  

Le Mandat de la mission révèle que le Conseil de Sécurité a conscience de la faiblesse de l’Etat en Centrafrique: « Notant avec préoccupation l’effondrement d’une administration déjà fragile, qui limite l’aptitude des nouvelles autorités de transition à gouverner »[xxvi] Le mandat ne prévoit aucune stratégie en terme de « statebuilding » à part la phrase suivante : « favoriser et soutenir l’extension rapide de l’autorité de l’Etat » (article 30-b vi). Or, on ne peut pas parler sérieusement de l’extension de l’autorité dans un Etat qui était qualifié d’Etat fantôme même avant la crise ! On note par exemple l’absence d’un plan pour le relèvement économique qui est une condition sina qua none de la reconstruction de l’Etat.[xxvii] Comme si le mandat ignorait les causes profondes du conflit, aucune alternative socio-économique n’a été conçue pour les jeunes miliciens, tandis que le reste du pays dépend principalement du secteur agricole qui lui-même doit aussi être relancé.[xxviii] Directement lié à cette lacune, on ne saurait trop insister sur le fait qu’il y ait un risque réel de « Somalisation », car les éléments islamistes radicaux opèrent sans doute dans le pays.[xxix] Aux frontières avec le Soudan et le Tchad, on ne sait rien « ou si peu de ce qui se passe » sauf que des liens existent déjà avec Boko Haram.[xxx] Le numéro deux de l’ex-Séléka, Noureddine Adam, aurait également été en contact avec Al-Qaida.[xxxi] Il est prometteur de noter que l’ONU ait promis plus de troupes en Centrafrique.[xxxii] Il reste à voir par contre si de telles troupes vont enfin s’attaquer à ce problème, ou s’ils interviendront uniquement pour sécuriser les élections.

Elections à tout prix – leçons non-retenues de la Côte d’Ivoire

L’ONU revient à une mauvaise habitude en insistant sur la tenue d’élections censées parvenir à la sortie de cette crise. Or l’expérience en Côte d’Ivoire (2010-2011) a montré avec force que les élections représentent une lutte pour le pouvoir et une source de divisions internes.[xxxiii] Les élections risquent de finir en bain de sang dans l’absence d’une réconciliation des communautés, et surtout si les rivaux sont armés au moment des suffrages. Il est donc absurde et préoccupant de constater que cette élection pourrait avoir lieu dans quelques mois, alors que le désarmement n’a toujours pas eu lieu et que 60% du pays souffre de malnutrition. Un pays sous-alimenté pour lequel la communauté internationale financera une élection à l’occidentale ! L’élection représente un éloignement des priorités condamnable, et risque de symboliser encore une fois la passivité de la communauté internationale qui assistera, en simple spectateur, à une élection sanglante.

Diamants, les causes profondes, et les leçons de la mission en RDC

Un aspect de la crise qui n’a toujours pas été sérieusement abordé par les forces en Centrafrique est celui de l’exploitation des ressources naturelles. La MINUSCA, en visant uniquement à apporter la paix aux régions comme Bangui, continue de traiter les symptômes et non pas les causes de cette crise. C’est en effet le trafic de l’or et des diamants qui finance les conflits. Même s’il s’agit ici de faire le point sur les obstacles à la résolution de la crise, il faut rester quand même dans le domaine du possible et du réaliste. Si nous constations d’une part que la mission de l’ONU n’a même pas commencé la phase du désarmement, il serait naïf de s’attendre à ce qu’ils se rendent dans la zone reculée du nord du pays pour surveiller les zones contrôlées par les rebelles. Une attente naïve peut-être, mais sans une telle approche robuste, les forces de l’ONU ne feront que repousser l’inévitable : le retour de la Séléka. En effet, malgré le fait que ses combattants se soient retirés du sud du pays, toutes les informations tendent à montrer que, depuis lors, ils sont retournés au nord où ils imposent des taxes sur les produits allant de l’exploitation minière de l’or, mais aussi le café et le bétail, afin de financer leurs opérations.[xxxiv] Etant donné que la Centrafrique détient le record mondial du nombre d’interventions de paix sur son territoire – soit douze depuis 1997 – on aurait cru que certaines leçons de ces opérations passées auraient été retenues. L’échec de toutes ces interventions réside dans le fait qu’elles aient été concentrées sur la capitale et la protection du pouvoir politique, alors que les rebelles qui renversent les gouvernements proviennent des régions qui ne voient ni l’Etat ni un semblant d’autorité. Selon certains analystes, il faudrait même envisager des drones pour surveiller les régions sous le contrôle de la Séléka.[xxxv] Dans la mesure où la communauté internationale est arrivée à sa solution d’ultime recours, il semble grotesque de constater toujours que le plus grand obstacle qui s’y oppose est celui des causes profondes. Malgré une interdiction imposée fin 2013 par le Processus de Kimberly, 140 000 carats de diamants – s’élevant à 24 millions de dollars – ont été néanmoins exportés clandestinement du pays en 2014.[xxxvi] Afin d’éviter une répétition des erreurs commises en République démocratique du Congo – où les casques bleus avaient un mandat plus robuste, soit celui de « peace enforcement » – les forces sur le terrain devraient obligatoirement prévoir une stratégie concernant l’exploitation illégale des ressources.

Absence d’une réelle appropriation locale

Les Forces Armées Centrafricaines (FACA) ne sont plus opérationnelles depuis le renversement de l’ex-président Bozizé en mars 2013. Sous prétexte que c’est une force mono-ethnique, la communauté internationale a interdit son réarmement. Cependant, il est essentiel de réformer les services de sécurité de façon à ce que les populations puissent se sentir en sécurité et regagnent de la confiance envers les institutions étatiques. C’est la mission de l’EUMAM-RCA qui prend le relais de l’EUFOR-RCA, avec une mission de conseil stratégique puis des formations afin de remettre sur pied l’armée centrafricaine (FACA). Il reste à voir si environ 60 formateurs qui se relaient sur ce terrain vaste vont pouvoir réorganiser les FACA, qui comptait 8 000 hommes lors de la prise du pouvoir par les Séléka en mars 2013.[xxxvii] Parmi eux, 5 500 soldats sont aujourd’hui dans la nature. Les FACA auront un rôle primordial pendant les prochaines élections, mais il est inadmissible de les envoyer non armés dans les bastions des ex-Séléka dans le nord du pays. Il faudra déjà penser à un allègement de l’embargo imposé par la résolution 2196.

Incertitude quant aux buts et capacités nécessaires pour atteindre les objectifs fixés par le mandat

Jusqu’à présent, la stratégie en RCA consiste à absorber chaque mission de maintien de la paix par une autre mission plus grande.[xxxviii] Cependant, le succès d’une mission de maintien de la paix repose sur l’atteinte de certains objectifs : contenir les auteurs des troubles, le désarmement ou encore le rétablissement de l’Etat de droit. Il n’existe toujours pas de preuve que les effectifs actuels vont dans ce sens. Même si on a évoqué le problème du manque de soldats et de financement, la question ne se réduit pas non plus au nombre d’effectifs, mais plutôt : quelles sont les capacités nécessaires pour arriver au but politique prédéterminé ? Les plus importantes sont celles de la communication et de la logistique, le domaine de l’intelligence, et l’unité des forces et de la police constituée.[xxxix] Il faudrait enfin ajouter à cette liste le besoin général de déployer davantage de casques bleus féminins. En effet, elles jouent un rôle non seulement dans le recueil de renseignements, mais aussi dans une optique de réponse aux défis de violences sexuelles et sexospécifique. Ce besoin se révèle particulièrement important à la lumière des allégations de violences sexuelles commises par les forces de la MISCA elles-mêmes.[xl]

Médiation la plus récente : une chance pour parvenir à la paix ?

  Les efforts les plus récents de mettre un terme aux hostilités consistent en une nouvelle déclaration signée à Nairobi le 14 avril 2015, suite à l’implication croissante de la présidence kényane. Malgré les critiques exprimées au sujet des pourparlers à Nairobi de janvier 2015, notamment leur signature sans l’aval de Bangui, il ne faut pourtant pas oublier que certains avaient aussi trouvé dans l’absence de Bozizé et Djotodia lors de la signature des accords de Nairobi en juillet 2014 la raison de l’échec. Que conclure alors de cette liste alambiquée d’accords de paix ? La non-intégration persistante d’une partie ou d’une autre est sur le point de mettre totalement à mal le concept même d’un accord de paix, si ce n’est pas déjà le cas. En revanche, l’accord du 14 avril est l’aboutissement de plusieurs engagements, dont le premier entre Djotodia et Bozizé remonte au 22 janvier 2015, mais qui a été immédiatement rejeté par la communauté internationale et les autorités de Bangui. Le deuxième accord, signé le 7 avril 2015, a été signé par les délégations, avec Joachim Kokate au côté des anti-balaka, et Djotodia pour les ex-Séléka.[xli] Le dernier engagement du 14 avril 2015 rassemble encore une fois Djotodia et Bozizé qui promettent de « de se rallier à la feuille de route de la transition ».[xlii] Malgré la ferme opposition de la communauté internationale (CEEAC, la France et l’ONU), cette démarche a réussi à rassembler plusieurs acteurs importants des deux côtés de la lutte. Seul le temps dira si ces négociations symbolisent un pas réel vers la paix, mais il est préoccupant de constater le désinvestissement d’autant d’acteurs cruciaux ; non seulement la communauté internationale, mais les autorités de Bangui, et enfin l’ensemble des mouvances des deux groupes armés. En effet, à défaut d’incorporer tous les acteurs, les médiateurs devraient rassembler avant tout les acteurs directs des violences. Pour l’intérêt général de la population, cela serait plus porteur d’effets. Malheureusement, les délégations présentes à Nairobi n’ont pas été représentatives.[xliii]

Conclusion

Le défi en Centrafrique est colossal et sans précédent. Pourtant, une vingtaine d’années de missions internationales sur le terrain ainsi que les autres missions de maintien de la paix de l’ONU auraient pu guider la mission actuelle. Ce qu’il faut principalement retenir, c’est que la violence doit par avance être contenue avant d’aspirer à un programme politique réaliste. Ce mémoire a mis l’accent sur l’ensemble des obstacles pratiques, politiques et militaires. Cependant, même au moment de sa rédaction, et quelques mois avant l’élection, les indicateurs montrent que la force de la MINUSCA reste loin de son but et fait face à des attaques violentes.[xliv] Cela réaffirme l’idée que l’obstacle majeur est de sécuriser le pays et faire du désarmement : une condition préalable à la réconciliation nationale. L’absence d’une appropriation locale en Centrafrique constitue aussi un véritable défi, étroitement lié aux besoins à long terme : combattre la montée de l’extrémisme, le redémarrage de la croissance économique, et la construction d’un Etat-nation.

[i] http://www.rfi.fr/afrique/20150307-reduction-effectifs-force-sangaris-centrafrique-eufor-faca-france-ue-onu-samba-panza-armee/ [ii] http://afrikarabia.com/wordpress/centrafrique-bangui-nest-ni-securisee-ni-desarmee/ [iii] http://reliefweb.int/report/central-african-republic/le-conseil-de-s-curit-d-cide-d-augmenter-les-effectifs-de-la-mission [iv] http://www.un.org/fr/peacekeeping/missions/minusca/mandate.shtml [v]http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/120228_caf_access_ocha_FR.pdf [vi] http://www.crisisgroup.org/fr/regions/afrique/afrique-centrale/republique-centrafricaine/op-eds/2014/vircoulon-central-african-republic-the-flawed-international-response.aspx [vii] http://afrikarabia.com/wordpress/centrafrique-bangui-nest-ni-securisee-ni-desarmee/ [viii] http://fr.africatime.com/republique_centrafricaine/articles/la-communaute-internationale-doit-aider-desarmer-les-groupes-armes-en-centrafrique-onu [ix] http://www.un.org/fr/peacekeeping/missions/minusca/mandate.shtml [x] http://www.rfi.fr/afrique/20150415-rca-appel-urgence-chef-mission-onu-babacar-gaye-financement-elections/ [xi] http://www.un.org/press/en/1997/19970711.SC6393.html [xii] http://afrikarabia.com/wordpress/centrafrique-laccord-de-nairobi-compromis/ [xiii] http://afrikarabia.com/wordpress/centrafrique-bozize-et-djotodia-sur-le-retour/ [xiv] http://afrikarabia.com/wordpress/centrafrique-les-dessous-de-laccord-de-nairobi/ [xv] http://www.rfi.fr/afrique/20150131-rca-centrafrique-idriss-deby-accords-nairobi-nuls-ceeac/ [xvi]http://www.grip.org/sites/grip.org/files/NOTES_ANALYSE/2014/Notes%20DAS%20-%20Afrique%20EQ/OBS2011-54_GRIP_NOTE-6_Dynamique_r%C3%A9ponses_s%C3%A9curitaires.pdf [xvii] Source diplomatique. Voir aussi Jérôme Piodi, op. cit. GRIP source 50 [xviii] http://fr.allafrica.com/view/group/main/main/id/00034671.html [xix] http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20150306171504/ [xx] http://www.rfi.fr/afrique/20150405-congo-brazzaville-sassou-nguesso-mcddi-pct-constitution-limite-age-presidentielle/ [xxi] http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20150306171504/ [xxii] http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20150415153008/fran-ois-boziz-uhuru-kenyatta-michel-djotodia-crise-centrafricaine-crise-centrafricaine-centrafrique-tout-savoir-sur-les-n-gociations-de-nairobi.html [xxiii] http://www.rfi.fr/afrique/20140404-centrafrique-tchad-denonce-lynchage-mediatique-politique-mahamat-misca/ [xxiv] http://www.rfi.fr/afrique/20150131-rca-centrafrique-idriss-deby-accords-nairobi-nuls-ceeac/ [xxv] http://www.rfi.fr/afrique/20140609-tchad-riposte-gouvernement-apres-le-dernier-rapport-onu/ [xxvi] http://www.un.org/press/fr/2014/CS11349.doc.htm [xxvii] https://www.opendemocracy.net/opensecurity/thierry-vircoulon-charlotte-arnaud/r%C3%A9solution-2149-miroir-des-lacunes-de-l%E2%80%99intervention [xxviii] http://www.fao.org/news/story/fr/item/263297/icode/ [xxix] http://afrikarabia2.blogs.courrierinternational.com/centrafrique/ [xxx] http://www.breizh-info.com/24754/actualite-internationale/la-centrafrique-en-voie-de-somalisation-avancee-demande-a-la-france-dabonder-son-budget/ [xxxi] http://centrafrique-presse.over-blog.com/2015/04/la-centrafrique-en-voie-de-somalisation-avancee-demande-a-la-france-d-abonder-son-budget.html [xxxii] http://www.shanghaidaily.com/article/article_xinhua.aspx?id=274561 [xxxiii] http://www.rfi.fr/afrique/20120810-cote-ivoire-commission-enquete-violences-commises-durant-crise-post-electorale-2010/ [xxxiv] http://www.centrafrique-presse.info/site/info-annonce_et_divers-6422.html [xxxv] http://centrafrique-presse.over-blog.com/2014/11/l-or-les-diamants-alimentent-les-conflits-en-republique-centrafricaine-selon-un-panel-de-l-onu.html [xxxvi] http://www.centrafrique-presse.info/site/info-annonce_et_divers-6422.html [xxxvii] http://www.afrik.com/centrafrique-la-mission-de-l-union-europeenne-prend-fin [xxxviii] http://www.crisisgroup.org/fr/regions/afrique/afrique-centrale/republique-centrafricaine/op-eds/2014/vircoulon-central-african-republic-the-flawed-international-response.aspx [xxxix]http://www.effectivepeacekeeping.org/sites/effectivepeacekeeping.org/files/04/Paul%20Williams_Lessons%20Learned%20from%20Peace%20Ops%20in%20Africa_3.10.pdf [xl] http://www.afrik.com/centrafrique-la-misca-accuse-de-violences-sexuelles [xli] http://maliactu.net/centrafrique-accord-de-cessez-le-feu-entre-ex-seleka-et-anti-balaka-signe-a-nairobi/ [xlii] http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20150415153008/fran-ois-boziz-uhuru-kenyatta-michel-djotodia-crise-centrafricaine-crise-centrafricaine-centrafrique-tout-savoir-sur-les-n-gociations-de-nairobi.html [xliii] http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20150415153008/fran-ois-boziz-uhuru-kenyatta-michel-djotodia-crise-centrafricaine-crise-centrafricaine-centrafrique-tout-savoir-sur-les-n-gociations-de-nairobi.html [xliv] http://www.rfi.fr/afrique/20150410-rca-base-onu-attaquee-nord-manifestant-tue-minusca-peuls/

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