La Côte D’Ivoire – l’impunité continue indéfiniment ?

ImageJe ne suis pas détenteur des droits

L’historique                                    

Autrefois considéré comme un modèle de stabilité, la Côte D’Ivoire a plongé dans l’instabilité au cours de la première décennie du XXIème siècle.

Depuis la fin de l’ère coloniale jusqu’à 1999, l’harmonie ethnique et religieuse ne passait pas inaperçue en Côte d’Ivoire, celle-ci distinguant l’ancienne “chérie de la France” de la plupart des autres pays africains. D’autant plus, elle pouvait s’enorgueillir d’une économie qui se développait rapidement. Mais un an avant le tournant du siècle, le sort a mal tourné lorsque le défunt Robert Guei a mené un coup qui a renversé Henri Bedie – le successeur du président de l’époque, Felix Houphouet-Boigny. Bedie s’est enfui après avoir suscité une controverse caractérisée par la xénophobie à l’encontre des musulmans du nord du pays, ainsi qu’à l’encontre de son rival, Alassane Ouattara. M. Guei a adopté un comportement similaire mais quand un soulèvement populaire l’a renversé lui-même, la xénophobie a donné lieu à la violence. Plusieurs dizaines de civils ont été tués pour avoir supporté Ouattara qui pour sa part avait convoqué de nouvelles élections. Pendant une période de deux ans, une rébellion ravageait le pays, reflétant ainsi le mécontentement de longue date de la part des musulmans qui insistaient sur le fait de leur discrimination par les forces politiques.

Entre 2004 et 2010, les combats avaient quelques peu ralenti même s’il fallait que la France et les troupes de l’ONU patrouillent dans la zone tampon ; c’est-à-dire la zone qui séparait le nord tenu par les rebelles, et le sud contrôlé par le gouvernement.

Après le second tour de l’élection présidentielle ivoirienne en 2010, le premier scrutin depuis 10 ans, les mouvements de violences ont éclaté à nouveau lorsque le président Laurent Gbagbo a refusé de se désister même si son adversaire avait été reconnu par la Commission électorale indépendante et la communauté internationale. Quatre mois plus tard, Gbagbo est finalement arrêté (11 avril 2011) et son dernier bastion est tombé le 4 mai, le jour où Alassane Ouattara est proclamé chef de l’Etat. Le nombre de morts total est estimé à 3248. Laurent Gbagbo est depuis incarcéré à la Haye où il attend un procès pour des crimes contre l’humanité.

Aujourd’hui

Dans son Rapport Mondial 2013, Human Rights Watch constate que la justice pour les graves crimes perpétrés ne vise toujours qu’un seul camp. Certes, les pouvoirs ivoiriens ainsi que la Cour pénale internationale (CPI) n’ont toujours pas donné des suites judicaires aux membres du camp du président Alassane Ouattara pour les crimes postélectoraux. Une telle triste actualité risque de renforcer gravement les divisions communautaires. Pis encore, on attend toujours une action décisive visant à désarmer des jeunes qui ont combattu dans les deux camps opposés pendant le conflit. En août 2012, une nouvelle agence uniquement chargée du désarmement a été crée, remplaçant l’ancien qui avait été accusé d’une mauvaise organisation et manque de coordination.

Pour leur part, les forces de sécurité ont commis des exactions alors qu’ils répondaient aux menaces de sécurité des jeunes hommes perçus comme des partisans de Gbagbo, tels que la détention dans des cellules surpeuplées et la privation de nourriture et d’eau.

Les acteurs internationaux ont également joué un rôle important en ce qui concerne la Côte d’Ivoire. Les reproches contre le Conseil national de la presse ont fini par le forcer de lever les suspensions contre les journaux pro-Gbagbo en septembre 2012.

Il est important de noter aussi que le gouvernement ivoirien ne s’acquitte pas de ses responsabilités en cas d’inaction. Au contraire, les centaines de personnes qui ont fui les violences dans l’ouest de la Côte d’Ivoire pendant la crise électorale, aujourd’hui dépossédés de leurs terres, disposent du droit à la restitution « tout logement, terre et/ou bien dont [elles] ont été privé[e]s arbitrairement ou illégalement », comme indiqué dans les Principes Pinheiro de l’ONU. Même si aucune preuve d’un rôle organisé de l’armée n’a été soulevée, la dépossession engendre sur les moyens de subsistance des citoyens et de leur accès à la nourriture. Human Rights Watch affirme que le gouvernement doit éviter les mêmes erreurs commises après le conflit de 2002-03, c’est-à-dire son absence de mesures prises pour protéger les droits de propriété, qui avait ainsi contribué à déclencher les violences atroces.

Pour Matt Wells, chercheur sur la Côte d’Ivoire à Human Rights Watch, il faut que le gouvernement ivoirien tienne ses promesses d’une justice impartiale. En effet, à la suite de la crise en 2011, le président Ouattara avait assuré que la justice soit faite pour les crimes des deux campes. Du coup sa création d’une Commission nationale d’enquête et une Cellule spéciale d’enquête avait pour but de mettre un terme à l’image d’un pays criblé d’impunité. Cependant, comme indiqué par Wells, bien que les forces d’Ouattara aient exécuté au moins 545 pendant la crise, on n’a toujours arrêté personne. Il est donc difficile à croire que le gouvernement ivoirien juge approprié de supprimer cette entité à la fin de ce mois quand il y a visiblement beaucoup à faire. En plus, le gouvernement lui-même a cité la Cellule spéciale comme preuve qu’il est à la hauteur de traiter ce type d’affaires. Ce serait le comble de l’hypocrisie si un tel pays, où l’impunité reste un des fléaux les plus graves, élimine une cellule destinée à garantir l’application du droit à tout.

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